Les clins d’oeil de Sarah

Le hasard a voulu que ce soit plutôt le capitaine qui écrive les articles quotidiens qui nous servent de cahier de bord et nous aiderons, on espère, à revivre plus tard cette riche aventure.

Du coup la « number one » aimerait aussi y enregistrer des notes, des clins d’oeil. Elle fera donc ça ici, de façon irrégulière mais plus féminine… Moi j’appelle ça « les notes de la Krot »…

Les clins d’oeil seront rangés du plus récent au plus vieux.

 


(Jeudi 26 mai 2016)

Voilà c’est fini…

Voilà c’est fini. On a atterrit à Orly, le CDB a annoncé « bienvenue à Paris, la t° est de 3°C, le ciel est gris»

Depuis, deux questions reviennent :

-c’était bien ?

– pas trop dur le retour ?

A la première, comment en quelques mots réussir à répondre quelque chose de compréhensible qui pourrait résumer une expérience si riche ??  « C’était top » : ça a l’avantage de tenir en 3 mots mais on est loin du compte…

Quant à la question du retour, la première fois qu’on me la posée, j’ai cru fondre en larmes…

Mais finalement, ce qui est dur, c’est de quitter Camille, la mer, les alizés, cette vie nomade remplie de nouvelles découvertes, cette forme de liberté, de simplicité et tous ces bleus extraordinaires…

Rentrer, c’est plutôt chouette. Surtout quand on habite un coin sympa, dans une jolie maison, entouré de copains super chouettes et tellement sympas! Et en plus le printemps arrive, c’est maintenant la couleur verte qui nous subjugue !

Ne pas trop penser à ce qu’on a laissé là-bas, se réjouir de n’avoir abimé personne, et apprécier la chance qu’on a eu de pouvoir faire cette pause magique.

Et continuer le combat contre cette fichue routine ! Routine nécessaire à la vie mais qui nous mange… Quelques habitudes mais pas trop de routine, c’est le résultat de 4 mois de réflexion en contemplant la mer !! Pas hautement philosophique, c’est certain, mais cette une piste !

Enfin, repartir ? L’envie est là évidement… Le monde est grand, varié. Et maintenant, on sait que c’est possible !! Désolée les collègues… En attendant, le lac d’Annecy, du Bourget, la Chartreuse, le Vercors, la vallée des Merveilles et bien d’autres nous attendent, accessibles et prometteurs.


 

(Jeudi 31 mars)

Régime Vénéz – régime Chavez ?!

Fini les bananabreads, cheesecakes et autres extras. Dans les Roques, c’est un retour à l’essentiel ! Notre régime alimentaire s’appuie essentiellement sur le produit de notre pêche et sur les quelques légumes et fruits qu’on arrive à acheter chaque samedi à El Gran Roque.
On commence à y avoir nos petites habitudes : queue pour attendre l’ouverture, une fois à l’intérieur Nico prend un panier et se positionne proche de la balance pendant que je saisis tout ce qui ressemble à quelque chose de mangeable, queue pour peser, queue pour payer, et enfin le long décompte pour obtenir 10 ou 15 000 BOL en coupure de 100… Tout ça pour l’ achat de 6 tomates vertes, un petit choux à la couleur incertaine,  5 courgettes douteuses, 8 bananes pas encore trop mûres, 3 mangues dures comme des cailloux, une salade en espérant qu’on pourra sauver au moins le cœur, des patates pas trop pourries, des oignons et 3 paquets de biscuits bien secs…Si on a loupé les citrons verts, on peut en trouver à la boucherie…  ( l’odeur y est insupportable!) mais il faut refaire la queue.
On a nos habitudes mais on je ne m’habitue pas pour autant à cette mascarade hebdomadaire …  Quand je rentre je me fais un méga drive au Leclerc!!
Mais on ne va pas se plaindre, on avait déjà une bonne base dans les coffres et le congèl. Ici, pas de lait en poudre, pas toujours d’huile d’olive, le beurre semble être totalement inconnu, pas trouvé de sucre, ni de riz. Chips, sodas et bières sont par contre abondants. Et parfois, surprise ( chez Luis, The Place!) on trouve du chocolat noir ( ouf!!!), des vermicelles de chocolat, 2 paquets de gâteaux appétissants ou une bobine en plastique pour la pêche ! Mais pas d’ouvre-boite.
Les stocks de conserve, sucre, farine, huile, beurre, lait , céréales, riz et pâtes diminuent dangereusement, surtout depuis notre escapade aux Aves où on a bien tapé dedans… On espérait se refaire avec la livraison du mercredi à Gran Roque mais il n’y avait pas grand chose de comestible à part des œufs. Alors on mange encore plus de poisson ( le congèl en est plein…) et moins de tout le reste !

 


(Samedi 25 mars)

Anémoman

Je soupçonne mon mari d’avoir avaler un anémomètre…
C’est comme s’il possédait un gène qui lui donne l’intensité du vent, plus précisément lui indique si il y a plus ou moins que 15kts!
Plus de 15kts : il s’agite, monte régulièrement sur le pont le pif au vent, l’œil est brillant… C’est inutile de lui parler, son cerveau est en ébullition pour répondre à LA question: la 9 ou la 12???? 20160322- IMG_3564
Puis il y a le « rituel », il demande avec son air de chien battu : « il faut vraiment faire école ??? Je peux y aller???? » Ne vous méprenez pas, ce n’est pas une question, c’est juste pour la forme ! Même si je répondais NON, HORS DE QU
ESTION , il serait dans l’annexe 5 min plus tard, avec sa board, son harnais, son top et une voile… Mon unique ressource, c’est de pouvoir imposer une limite temporelle qui est respectée avec un delta de 3 heures…
Moins de 15kts : il est plutôt en mode digestion, les lunettes sur les yeux… Soit il va dans la coque bâbord pour un séjour prolongé dans « la cabine de douche » mais pas pour sa fonction douche… Soit il est volontaire pour faire travailler Alwenna. Aucun zèle instructif, c’est juste qu’Alwenna a décidé de travailler dans sa cabine, SUR SON LIT, une caisse en plastique en guise de bureau. Bizarrement une dictée peut durer jusqu’à 45 min! Alwenna lassée d’entendre pour la énième fois « les dauphins sont des mammifères, zzzzzzz » transforme la dictée en auto dictée pendant qu’anémoman fait une petite pause. Dans la famille Holl, ils appellent ça « se faire une petite crise de palu », et il semblerait que ce soit héréditaire…

 


(Vendredi 11 mars)

Shower time:

La douche! Le moment incontournable de la journée quand on passe des heures dans l’eau, dans le sable, dans les embruns…
Avec 4 salles de bain à bord, on a chacun la notre! Sauf que, oubliez tout de suite la bonne douche chaude qui dure des heures… Ici l’eau douce est sacrée, pas forcément chauffée et en plus par « salle de bain » entendez un wc avec un lavabo dont le robinet extensible se transforme en pommeau de douche… Se doucher = inonder le WC du sol au plafond, cloisons comprises et nécessite donc une  séance d’essuyage laborieuse.
Donc comme la majorité (totalité ?) des plaisanciers en eaux chaudes, la douche se fait à l’extérieur, sur la jupe arrière munie du tuyau d’eau douce.
Mieux que la douche chaude qui dure: une baignoire géante, profondeur moyenne 3 m, fond de sable parsemé d’étoiles de mer, petit poisson-coffre curieux possible, température 26 degrés. Le pied intégral!
Le principe: sauter dans la baignoire , remonter se savonner sur la jupe ( avec le gel douche Bourgeois, fleur des lagons, une tuerie!! on s’y croirait!!), pas trop de savon car le poisson coffre n’aime pas se laver, shampooing possible à ce moment, re-saut dans la baignoire pour 1er rinçage, puis rinçage finish à l’eau douce avec RETENUE!! Température de rinçage aléatoire…. Penser à préparer une serviette pour la sortie qui peut s’avérer fraîche le temps de se mettre à l’abri du vent…
Parfois, la douche revêt des notes moins paradisiaques : quand le fond sablonneux de la baignoire se transforme en pas de fond visible: 10m ou plus de vie aquatique sous les coques, c’est certain il n’y a pas que le coffre qui se ballade, et quand on voit ce qu’on pêche… Alors le saut se transforme en descente bien groupée sur le 2ème barreau de l’échelle… Quand il fait nuit, qu’il y a des nuages ou trop de vent, bref quand ça caille, alors là plus de saut, toutes les étapes se font au tuyau, mais il faut agir discrètement à l’abri du regard du capitaine, maître du dessal…

 

 


 

(Nuit du mardi 23 au mercredi 24 févrirer)

Manipulation du gennaker

Pour tous les débutants de la voile comme moi, quand Nicolas écrit « on enroule le gennaker, puis on le déroule, oh mince ça ne va pas, on le re-enroule et re-déroule  et hop super.. » Ça paraît trop facile!!
La réalité est tout autre… 2ème jour de nav, il nous faut changer de bord par vent arrière. Avec le gennaker, il faut l’enrouler puis le dérouler de l’autre côté une fois le bon cap pris. Sauf que pour l’enrouler, il faut remonter un peu au vent, donc se prendre la houle de côté voir de face, ce qui donne à Camille un mouvement de montagnes russes: ça moooonte et hop grand plongeon vers l’avant…. Avec un fond sonore de moteurs, de vent qui maintenant qu’il n’est plus arrière, huuurle et le pire, le fameux gennaker qui claque dans le vent avec son bout qui fouette tout autour de lui….bien que normale, cette situation m’impressionne toujours. J’ai la sensation que les éléments se déchaînent soudain alors qu’il n’y a juste un peu de vent.
 Enroulage : OK, quoique le truc a  une drôle de tête, un peu saucissonné.
Changement de cap, on continue à se faire secouer, le soleil est maintenant couché…
On lâche de l’autre côté. C’est Nico qui gère l’enrouleur 20160224-  IMG_1921pour relâcher la voile et moi je gère l’écoute pour la tendre. Je suis confiante, après moultes  discussions animées, j’ai finalement obtenu du capitaine un briefing avant chaque action!! Je sais dans les grandes lignes ce qui m’attend… Sauf que l’enrouleur lâche un peu vite, j’ai beau tourner le plus vite possible avec mes petits bras surentraînés par les nombreux levages de capitaine en haut du mat des derniers jours, le bazar flotte, claque, hurle furieusement dans le vent et finalement tout est bloqué… Le saucissonnage  de tout à l’heure n’était pas si anodin… En attendant, il fait nuit noire ( à 19h la lune n’est pas levée, on n’y voit rien de rien) la mer nous secoue inlassablement, le gennaker est bloqué et se débat dans tous les sens, et ça le briefing n’en parlait pas…
Enroulage, à nouveau. Nouvelle tentative de déroulage : j’implore Eole, et dans tout ce vacarme, roulis, mes bras sont prêts à en découdre avec ce gennaker. Eole m’a entendu, la voile se déroule comme annoncée dans le briefing du capitaine. On peut changer de cap, fin du sec
ouage, fin du hurlement de voile, cette dernière se gonfle gentillement .  On peut couper les moteurs, fin du bruit.
Tout ceci reste une procédure normale pour les marins, les vrais. Pour moi, c’est 40 min très intenses, de doutes et d’un soupçon de stress…
Plus on avance vent arrière et plus je me dis que le retour face au vent va être terrible…

 


(Vendredi 19 février)

Petite précision sur le check-up médical reçu à St Georges university (cf article du vendredi 19/02)

On patiente dans une salle d’attente surclimatisée ( tout à fait indiqué en cas de bon rhume…) que la nurse vienne nous chercher.

La « nurse » s’appelle Vénitius, mesure 2m et semble avoir au moins 2 de tension…

Je lui explique les symptômes de chacun.

Alwenna a un rhume depuis 10 jours et se plaint de l’oreille droite: il examine l’oreille droite, que la droite… rien d’autre. Zut je n’aurais pas dû être si précise! Verdict: du jus de fruit(?), de l’ibuprofene voir des antibiotiques.

Tibor a un rhume et tousse beaucoup: il écoute les poumons, et c’est tout. Verdict: du jus de fruit(??), pas d’ibuprofene

J’ai un rhume, gros mal de gorge et quelques symptômes grippaux: il me regarde, de loin, au moins 2 m. Verdict: 5 jours d’antibiotiques !! Et du jus de fruit bien sûr…

On est reparti comme on est venu, en bus scolaire et pas tellement plus avancé… En prime, on a eu le droit un petit sermon du conducteur devant tous les étudiants parce qu’on n’avait pas pris le bon bus pour notre arrêt, la honte…


(Samedi 13 février)

Les 5 F clins d'oeil- IMG_0044:

Parmi les facteurs qui favorisent le mal de mer, il y a les 5 F : Fatigue, Froid, Frousse, Faim et Foif !!

Je crois qu’on peut en rajouter un 6ième : ça Fouette !!

Le Fouette du poisson fraîchement pêché… Et qui vous retourne l’estomac qui était déjà à l’envers à cause de l’état de la mer…

Du coup, je m’interroge : est-ce que les poissons fouettent comme ça dans l’eau ou est-ce que c’est quand on les sort qu’ils se mettent à empester ???

 


(Vendredi 12 février)

J’aime pas :

Quand Alwenna fait une crise de grognonnerie aigüe, quand Borromée fit une crise tout court, quand les enfants se chamaillent pour une broutille, quand celui qui a fini le rouleau de papier toilette n’en remet pas un nouveau, quand en navigation avec une mauvaise houle, les enfants me demandent : on mange quand ? Toujours quand on navigue avec de la houle, que je prépare à manger et que les enfants me disent : j’aime pas…

 


(Mercredi 3 février)

Changement de mouillage = changement d’hémisphère ?

Nous voilà posés à The Pool, the spot ! Ici c’est Tahiti : lagon turquoise, vagues qui se fracassent au loin sur la barrière de corail, petits farés sur l’eau et d’autres dispersés sur la colline au milieu des cocotiers… Pourtant pas de traces de Tahitiens tatoués jouant du Ukulélé, on est bien toujours dans l’hémisphère nord…

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(Mardi 2 février)

J’aime :

Me réveiller avec le bruit des vagues, prendre mon petit-déj en regardant le soleil remettre de la couleur dans la mer, partir en dinghy dans la mangrove, débuter le wakeboard sur un plan d’eau parfaitement plat, voir défiler les fonds sous mes skis, entendre les enfants rire quand je tombe… Et penser au cheesecake qui m’attend dans le frigidaire !

Rassurez-vous, ça n’est pas comme cela tous les jours, il n’y a bientôt plus de cheesecake !!

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(Samedi 30 janvier)

Petit flash-back d’avant le départ :

lundi 4 janvier, au comptoir de la grande pharmacie de Lyon. Je présente mes 6 pages d’ordonnance de médocs et de matos médical. Le pharmacien nous demande :

  • LUI:  « C’est pour quoi faire ??? »
  • MOI: « On part naviguer en famille. »
  • LUI: « C’est vachement dangereux la voile !… »

3 sacs plus tard, il manque encore les gants stériles et la colle cutanée. J’insiste pour les commander à son grand désespoir. Tout ça amuse beaucoup Nicolas qui en profite pour se moquer un peu : petit clin d’œil au pharmacien et sourire narquois, l’air de dire : oui je sais elle est frappée, faut pas chercher à comprendre puisque c’est une fille, ça lui fait plaisir c’est déjà ça, c’est depuis qu’elle a fait son stage de suture sur pied de porc, elle psychote grave sur tout ce qui pourrait arriver mais ça l’occupe et pendant ce temps je peux tranquillement remplir nos sacs avec mes kites… Tout cela dans un petit sourire !

N’empêche qu’il y en a un qui faisait moins le malin avec sa fesse dédoublée, surtout quand a été évoqué la possibilité d’utiliser la fameuse colle plutôt que les points pour fixer le bazar !!

Encore merci à Céline pour son aide précieuse, ce jour-là elle m’a sortie d’un bien mauvais pas !! Et elle a évité à Nicolas une cicatrice en forme de petit sourire narquois…